Galeries expositions

Les anciens combattants marocains

Textes expositions "L 814" et "La longue route des combattants" 2001

 

En passant près de la place Jean Moulin (cela ne s'invente pas) au volant de ma voiture, j'ai pu observer silencieusement une scène qui m'a paru surréaliste:

des personnes âgées alignées les uns à côtés des autres en oblique au milieu de la place semblaient attendre quelque chose... Ils ne ressemblaient pas à des SDF* ni à quoi que ce soit de connu de ma part... J'étais bloqué dans ma voiture et ne pouvais me renseigner dans l'instant, l'image de ces personnes apparemment âgées, assez insolite est restée gravée dans ma mémoire.

Par la suite j'ai lu un article dans le journal quotidien régional Sud/Ouest, j'ai immédiatement fait le rapprochement et su alors ce qu'ils faisaient à ce moment-là devant moi...et qui ils étaient.

Des Anciens combattants marocains.

Ils attendaient qu'une association caritative vienne leur servir un repas en plein hiver dans le froid!

Par la suite j'en ai rencontré deux dans la rue... après m'être présenté je leurs ai demandé comment je pouvais les rencontrer plus tard et s'ils avaient un point de chute... Le Diaconat (Entr'aide protestante) s'occupait d'eux en tant que primo arrivant... Le lieu où s'effectuait cette prise en charge était située sur les quais du port de Bordeaux... animateur, assistante sociale, secrétaire... plusieurs personnes étaient employées à temps plein.

 

J'ai demandé au responsable du Diaconat si je pouvais avec mon appareil photographique faire quelques portraits.. .j'avais envie de témoigner de leur situation, de leur détresse et aussi leur faire comprendre que mon appareil était un ami ce qu'ils ont vite compris... pas un d'eux n'a refusé que je le photographie et plusieurs m'ont demandé de faire et refaire des photographies qu'ils envoyaient à leur famille respective... J'ai passé plus de huit mois de l'année 1999 avec eux j'y allais le matin parfois il n'y avait pas de primo arrivants, je restai quand même avec ceux qui habitaient sur place.. Souvent ceux-ci m'invitaient à prendre le repas de midi en leur compagnie... Nous discutions de l'actualité, de choses et d'autres, de leurs vies souvent. Je me suis fait à l'idée qu'ils ressemblaient à mes grands-parents que je n'ai pas connus.

Au début de ce travail, je ne savais absolument pas que cela deviendrait une exposition ni où ni comment… Seule leur condition m'intéressait et me donnait la force de continuer cette série de photographies à l'aveugle… mais c'est aussi ma façon de travailler.

Peu à peu j'ai pris conscience que quelque chose s'élaborait et qu'intuitivement j'avais choisi la bonne solution en faisant ces portraits de près, avec une mise au point sur la pupille.. agrandis au format 30X40cm il n'y a que les yeux qui sont nets.

Ils semblent tous nous regarder quelque que soit notre position par rapport à eux et nous demander ce qu'ils font là. Et pourquoi?

Pour ma part j'ai compris que leur vie après ce qu'ils ont enduré pendant ces conflits (auxquels ils ont participé et qui personnellement ne les regardaient pas) avait été difficile... Difficile aussi chez eux au Maroc.

Pour moi ils étaient en quête d'identité et nous demandaient, nous demandent encore aujourd'hui une reconnaissance. Nous avons une dette envers eux, jamais nous ne pourrons être assez reconnaissants pour ce qu'ils ont fait. Il ne faut pas oublier que ceux qui viennent réclamer leur dû sont ceux qui sont revenus de toutes ces campagnes. En France, il y a beaucoup de cimetières où des marocains reposent... Le plus simple serait bien sûr qu'ils restent chez eux auprès de leurs êtres chers et qu'ils perçoivent leur dû sans aucune discrimination...

C'est dans cet état d'esprit que je me suis engagé à faire ce travail, même si je sais que c'est dérisoire, je ne pouvais pas faire autrement que de les regarder...

 

http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=9747

 

 

         Texte "La longue route des combattants" série de portraits, 2011.

 

Suite à cette première exposition, le « milieu » associatif de Bordeaux  m'a demandé de collaborer à un programme de collecte de la mémoire orale suivi d'un programme de portraits, initié par la CNHI en relation avec le RAHMI, la DRAC et la région Aquitaine. Avec ces portraits réalisés à la chambre 10x12 cm, tirés sur du papier baryté, j'ai voulu que la personne mis en situation de spectateur ait l'impression d'avoir en face de lui un Homme. Pour arriver à ce résultat j'ai réalisé des tirages au rapport un. Ce qui fait que nous ne sommes pas en face d'un objet (la photographie) mais que nous avons l'impression de nous retrouver en face d'un être humain. C'était mon souhait de départ et je pense l'avoir tenu. Je n'ai jamais demandé à l'un ou à l'autre de poser devant l'appareil photographique, ils se sont installés naturellement devant, dans le cadre. Lorsque j'ai déclenché pour la prise de vue je me suis mis à côté de chacun, cela renforce (de mon point de vue) la sensation de proximité que l'on éprouve en regardant la personne photographiée. Ils sont aujourd'hui très vieux et restent confinés dans leur chambre respective... Ils attendent.

 

Dans leurs chambres en couleur cette fois-ci, j'ai photographié nos anciens combattants. J'ai demandé à chacun la permission de photographier le bagage et les chaussures. Bagage que j'assimile à leur sac à dos lorsqu'ils étaient soldats, leurs chaussures aux rangers qu'ils portaient aux pieds en période de guerre et autres. Le bagage donne beaucoup d'informations quant à son propriétaire, les chaussures déformées ou pas en disent autant sur la forme, l'état, le poids supporté par le pied qui est chaussé.

Ils sont là, ils attendent.

J'ai photographié tous les documents qui sont en leur possession et qui se rapportent à cette période de colonisation/décolonisation, du temps des guerres menées par la France. Les cartes de combattants, les carnets militaires, les diplômes et autres attestations... Ce sujet peut défiler à l'aide d'un écran de télévision ou bien être projeté dans la salle d'exposition...



Exposition des anciens combattants marocains à l'Hôtel de région de Bordeaux/ 2011

"L814" MC2a en février/mars 2001

données techniques

Ces 22 portraits sont contrecollés sur du Dibon et encadrés.

Dimension 100x120cm. Il faut un linéaire d’au moins 50 mètres à peu de choses près afin que la présentation soit aérée.

Sous chacun des portraits un panneau renseigne sur le nom de la personne, l’état de service dans l’armée française et une phrase sortie du contexte d’une interview… Chacun des combattants exposé a été interviewé.

Il existe un diaporama en couleur qui montre le lieu de vie de nos anciens combattants, et divers documents attestant de leur passage dans l’armée française.  



galerie suivante:

 

"... jusqu'aux étoiles de l'aurore".

 

 

 

 

 

 

 

contact